Poullaouën

La Mine

Les origines de l'exploitation minière à Poullaouën, Locmaria-Berrien et Huelgoat :

Les communes de Poullaouën, Locmaria-Berrien et Huelgoat possèdent des mines de plomb argentifères, qui ont fait l'objet de plusieurs études depuis la fin du XVIIIè siècle avec notamment les voyages de Mignot de Montigny en Bretagne en 1752 et de Cambry en 1794.

Les gisements de Poullaouën remonteraient à la préhistoire (en l'absence d'éléments absolument fiables)

Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont été exploités à l'époque gallo-romaine. En effet, la vieille mine et la nouvelle mine de Poullaouën se trouvent en bordure immédiate de la voie romaine Carhaix - Morlaix.

Par contre, leur exploitation a été épisodique au moyen âge. Sous le règne de Louis XIII, le baron de Beausoleil, qui s'était vu accorder la concession générale des mines et minières de France, tenta d'en reprendre l'exploitation.

 

Une exploitation minière en plein essor au XVIIIè et XIXè siècle avec la Compagnie des Mines de Basse-Bretagne :

L'exploitation des mines de Poullaouën, Locmaria-Berrien et Huelgoat a pris son véritable essor avec la naissance de la Compagnie des Mines de Basse-Bretagne créée en 1732. Ces mines ont été exploitées intensivement durant 137 ans par cette compagnie. 2400 personnes ont vécu de cette industrie qui fût, à son apogée, très en avance sur son temps.

 

Une grande manufacture :

A Poullaouën, le bâtiment principal de la Mine, habité par les officiers de la Mine, est imposant et d'une assez bonne architecture. Il contraste surtout dans un pays où l'on ne voit que des chaumières. Les roues immenses sur le grand chemin, les longs des appentis couverts d'ardoises, les forges, les magasins où sont déposés les outils, la demeure des ouvriers, les chantiers, les cuves nécessaires aux lavages, les beaux chevaux et les voitures employés aux différents travaux : tout annonce une grande manufacture.

Les minerais exploités :

Les minerais exploitables à Poullaouën et Huelgoat étaient essentiellement de trois natures : la galène (sulfure de plomb), les pyrites de fer et de cuivre et la blende (minerai de sulfure de zinc).

La présence de tous ces minerais a été confirmée dans toute la région par le BRGM, aussi bien à Poullaouën, Huelgoat, Scrignac, que Bolazec.

En fait, au XVIIIè siècle, le minerai exploité était la blende associée avec l'argent. Le minerai de Poullaouën était plus riche en plomb que celui de Huelgoat, mais moins riche en argent.

L'utilisation de techniques minières perfectionnées :

Dès le milieu du XVIIIè siècle, les mines de Basse-Bretagne deviennent les principales mines métalliques du royaume.

►A la fin du siècle, certains puits dépassent  150 mètres de profondeur à Poullaouën. Au Huelgoat et à Locamaria-Berrien, ils atteignent 200 à 250 mètres.

►Des dizaines de kilomètres de galeries d'extraction, d'aération, d'écoulement et de transport sont creusées.

►L'extraction se faisait par une machine à molettes, manège à chevaux actionnant un tambour sur lequel s'enroulaient des câbles qui descendaient et remontaient les bennes dans les puits.

►De nombreuses pompes sont installées pour lutter contre les eaux d'infiltration particulièrement abondantes, et en assurer l'exhaure (ou l'évacuation des eaux souterraines).

►Elles sont actionnées par des machines hydrauliques, dont certaines sont exceptionnelles par leur taille et leur technicité, avec des roues de plus de 10 mètres de diamètre. Ces machines hydrauliques seront remplacées, à partir de 1832, par la machine à colonne d'eau (dite machine de Junker car construite par M Junker,  Inspecteur Général des Mines). La machine à colonne d'eau a un excellent rendement et un coût d'entretien très faible.

►Elles étaient alimentées en eau par un réseau extrêmement complexe de canaux :

Les rivières et ruisseaux étaient détournés de leur cours, leurs eaux accumulées dans des étangs comme ceux de Huelgoat, de la Noiee, du Cosquer (ces deux derniers sont aujourd'hui asséchés mais leurs digues subsistent, pratiquement intactes).

►Malgré les réserves ainsi constituées, les machines devaient s'arrêter durant l'été et une partie de l'automne, faute d'eau en quantité suffisante pour les mouvoir.

Les fonds étaient alors envahis par les eaux d'infiltration et l'exploitation s'intérrompait ou se limitait aux galeries supérieures.

Pour pallier cet inconvénient, un canal de dérivation, d'une longueur supérieure à 20 kilomètres, avait été construit entre 1783 et 1789. Ce canal comprenaient plusieurs galeries souterraines (dont la principale, celle de Kerguinen, mesurait près d'un kilomètre) et plusieurs aqueducs en bois. Il détournait sur les travaux une bonne partie des eaux de l'Aulne et  permettait aux mines de Poullaouën de fonctionner toute l'année.

►D'importantes innovations techniques furent introduites ou projetées aux mines de Poullaouën et Huelgoat. La première machine à vapeur bretonne fonctionna à Poullaouën dès 1748, mais fut démontée quelques années plus tard car sa consommation en charbon était excessive.

Néanmoins, dans l'ensemble, les techniques, tant minières que métallurgiques, restaient assez traditionnelles et limitées à des méthodes mises au point en Angleterre ou en Allemagne. En revanche, elles étaient portées à un haut degré de perfectionnement, ce qui valut une notoriété flatteuse.

Poullaouën, Huelgoat et Locamaria-Berrien devinrent ainsi un centre de "tourisme scientifique" qui attirait les esprits éclairés et curieux parmi les plus hauts personnages du royaume tels le duc de la Rochefoucauld, le duc de Chartres, l'Intendant de Paris, Berthier de Sauvigny.

Une production et des gains très importants

Durant la période précitée, la production de plomb a été en moyenne de 1 200 000 livres par an, soit environ 600 tonnes. L'argent était en plus petite quantité, soit en moyenne 500 marcs qui correspondent à environ 1.250 tonnes par an. Quant à l'or, il représentait une production de l'ordre de 40 marcs, soit 10 kg par an.

Une autre source donne des bénéfices net moyens de 200 000 F au début de XIXème siècle, ce qui correspondrait à des chiffres de l'ordre de 1.53 millions d'euros actuels.

Les gains retirés des mines étaient donc très importants au XVIIIème siècle, mais les productions ramenées aux cours actuels représentent une activité modeste notamment en ce qui concerne le plomb, dont la production mondiale est largement suffisante en fonction des consommations.

Si la France produit très peu de plomb, elle en raffine une quantité suffisante à sa consommation à partir de l'importation.

La renommée européenne des mines de Poullaouën pour le plomb et l'argent :

Les mines de Poullaouën ont été les plus riches et les plus renommées d'Europe : les mines de Basse-Bretagne devinrent l'école d'application de l'école royale des mines créee en 1783. Ainsi, après deux années d'études théoriques à Paris, les élèves-ingénieurs venaient recevoir, au cours d'un stage de trois à quatre mois, une formation pratique aux mines de Poullaouën.

 

Une compagnie des Mines considérée comme étrangère par la population locale :

Les mines de Basse-Bretagne présentent des caractéristiques identiques à celles des entreprises coloniales. Les propriétaires et les capitaux sont étrangers : la mine a été dirigée et financée successivement par des protestants français, allemands, suisses, gallois. Le réinvestissement des bénéfices réalisés représentent une part régionale minime.

Le recrutement des cadres et des techniciens est extérieur.

Il y avait aussi à la mine des ouvriers spécialisés venant des régions minières françaises comme Saint-Marie-Aux-Mines, Saint-Etienne ...

La main d'oeuvre non qualifiée était locale.

Les conditions de travail étaient dures en raison des journées longues, de l'insalubrité, de l'humidité et manque d'air dans les galeries, et les maladies.

La population locale (noblesse, clergé, paysannerie) manifeste à l'égard de la compagnie des Mines de Basse-Bretagne une hostilité souvent latente, alimentant des procès, et débouchant parfois sur des réactions de xénophobie.

 

La Vieille Mine et la Nouvelle :

La Vieille Mine correspond certainement à l'origine de l'exploitation du plomb et de l'argent à Poullaouën. Mais en 1740, la Compagnie des Mines de Basse Bretagne abandonne ce gisement. La "Nouvelle Mine" se développe alors, avec la découverte encourageante de filons peu profonds et plus riches que ceux de la vieille mine. La nouvelle mine devint le centre d'une gigantesque exploitation pour la région, décrite par Cambry dans son "voyage dans le finistère" en 1794.

A partir de 1778, la mine traverse une crise grave. Les réserves de minerais les plus faciles d'accès sont épuisées et les nouvelles veines les plus productives très profondes, se trouvent dans des galeries où il est presque impossible d'épuiser les eaux.

Deux directions s'affrontèrent alors :

  • Celle du grand projet de la Salle décrit par M. MONAGE : le projet consistait en la construction d'une galerie d'écoulement (qui devait longer le bois de LA SALLE). Cette galerie, issue du puits "Sainte Barbe" devait être souterrraine sur 1234 toises et déboucher sur l'Aulne par un petit canal. Il était également prévu le percement de 11 puits intermédiaires. Ce projet n'a pas été mené à son terme malgré plusieurs périodes de travaux, mais dont il reste comme témoin les puits à proximité  de Penfeunten, situés sur le ruisseau de la Mine,
  • L'ouverture d'une autre exploitation au sud de la précédente. Il s'agissait d'ouvrir 2 puits au sud de Sainte Barbe (croisée présumée des filons de la nouvelle et ancienne mine) et munir chacun d'une machine hydraulique alimentée par les canaux existants. Ce projet prévoyait également de réaliser une dérivation de l'Aulne pour le fonctionnement permanent des machines,  et de relier les nouveaux travaux aux anciens.

La deuxième solution prévaut à l'initiative de M. BROLEMAN, Directeur des Mines de l'époque, qui fit creuser les puits de Saint-Sauveur, de Saint-Georges, à 80 toises au sud du puits de Sainte-Barbe.

 

Les mines aujourd'hui :

En raison de l'essor du réseau ferré, les mines ferment les unes après les autres : en 1866 à Poullaouën, en 1873 à Huelgoat.

Des tentatives de réexploitation furent réalisées par la Société des Mines de Pontpéan en 1906, puis par la Société de Pontgibaud, et par celle de Congolin. Cependant, l'exploitation ne reprendra jamais significativement.

L'arrêt définitif survient en 1934.

Aujourd'hui, les communes de Poullaouën et Huelgoat ne disposent plus d'aucune trace de minerais.

Les mines de plomb argentifère de Poullaouën, Locmaria-Berrien et Huelgoat font désormais partie du patrimoine historique du centre finistère. Ces communes ne disposent actuellement que quelques traces de ces mines, vestiges que l'Association de sauvergarde de l'ancienne mine  (l'ASAM) à Locmaria-Berrien et quelques passionnés, cherchent à sauvegarder.

Des expositions, des maquettes et de nombreux documents d'archives donnent vie aux vestiges, eux-mêmes bien conservés.

 

Pour plus de renseignements concernant ces mines, vous pouvez contacter les organismes suivants :

► ASAM (association de sauvegarde de l'ancienne mine) :   http://minelocmariaberrien.com

                                                                                       asamlb@hotmail.fr

      L'ASAM organise, à la demande, des visites guidées pour des groupes

► Mairie Locmaria Berrien :      02 98 99 73 09

► Mairie Poullaouën :               02 98 93 50 76

► Mémoires du Kreiz Breizh :   02 98 99 38 14

                                              http://kreizbreizh.org

 

Bibliographie :

  • Les Mines de Poullaouën - Huelgoat - Locmaria Berrien : Jacques LE BOULANGER - septembre 1994
  • Les Mines de Huelgoat - Poullaouën : Michel PENVEN (Association "sur les traces de François JONCOUR") - Mars 1989
  • Revue MICHERIOUZ KOZ : magazine des vieux métiers de Bretagne - "Les mineurs de Poullaouën & de Locmaria-Berrien" - 1er numéro : octobre, novembre, décembre 2002

 

 

 

 

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